Les Iles Canaries (partie 3) : 12 Novembre – 27 Novembre 2024
- luliwatda
- 28 nov. 2024
- 9 min de lecture
Au large de La Palma (12 novembre 2024)
Au départ de San Sebastián de la Gomera, Luliwa a appareillé à 7h du matin, accompagné par le voilier Myrddin. Les conditions matinales étaient agitées, avec une houle désordonnée et des vents soutenus qui ont nécessité de prendre deux ris dans la grand-voile et de dérouler le foc. Dans le détroit entre les îles, la mer était encore chaotique, rendant la navigation exigeante.
Quelques ajustements ont été nécessaires en début de traversée : des tiroirs mal fermés, une petite fuite au pied du mât (heureusement sans gravité), et le sanglage des bidons d’eau dans l’urgence. Cependant, à mesure que Luliwa progressait vers l’ouest et longeait la pointe sud de La Palma, les conditions se sont nettement améliorées.
Le passage vers la côte ouest a offert une navigation rapide et stable, avec une moyenne de 8 nœuds grâce à un vent favorable. En fin de traversée, le moteur du bateau, surnommé affectueusement Monsieur Perkins, a été mis à contribution pour faciliter les dernières manœuvres.
Après 9 heures en mer, Luliwa est arrivé dans la baie de Tazacorte aux alentours de 16h30. Myrddin, ayant suivi un peu plus tard, a rejoint le mouillage en début de soirée. Cette traversée a marqué le début de nouvelles explorations sur La Palma, connue pour sa nature luxuriante et ses paysages volcaniques spectaculaires.
Tazacorte (13 novembre 2024)
Luliwa mouille désormais dans la baie de Tazacorte, une ville nichée sur les flancs d’un ravin volcanique, entourée de bananeraies. Le matin, l’équipage profite de la vue sur les falaises et de baignades dans une eau sombre, caractéristique du sable volcanique.
Pour cette journée d’exploration, ils rejoignent la plage de sable noir en annexe et grimpent jusqu’au village de Tazacorte. Le calme des ruelles colorées, les fresques murales et les champs de bananiers ajoutent au charme pittoresque. Un bus les emmène ensuite à Los Llanos, plus animée, où l’office du tourisme leur permet de planifier des randonnées dans le parc national. Bien que la recherche d’une voiture ait échoué, les itinéraires en bus suffisent à bâtir un programme prometteur.
En fin d’après-midi, de retour au mouillage, un incident survient : Myrddin dérive dans la baie. Heureusement, des voisins suédois interviennent pour sécuriser le voilier à couple sur Luliwa. Pas de dégâts, mais quelques sueurs froides pour l’équipage.
Une journée pleine de découvertes et d’émotions à La Palma.
Refugio del Pilar à El Paso (14 novembre 2024)
Au départ de la baie de Tazacorte, Luliwa et l’équipage de Myrddin embarquent pour une excursion terrestre vers le Refugio del Pilar, au cœur de l’île de La Palma. Après avoir laissé leurs annexes discrètement au port, ils prennent deux bus jusqu’à El Paso, puis un taxi les dépose au point de départ de leur randonnée.
Le sentier, long de 9 km et en descente, traverse une forêt de pins majestueuse. Le sol est tapissé d’aiguilles et de sable volcanique noir scintillant, offrant un terrain doux et agréable à marcher. Les enfants s’amusent à faire rouler des pommes de pin et découvrent des morceaux d’obsidienne noire en explorant les roches volcaniques. En quittant la forêt, le groupe atteint des dunes noires saisissantes, où les jeunes pins verts se détachent vivement sur le paysage sombre. La poussière volcanique, parfois fine comme du velours, parfois granuleuse comme du Benco, fascine les marcheurs.
Les paysages changent constamment, offrant une palette contrastée de noir, vert et bleu. Après un pique-nique improvisé au milieu des pins, la randonnée se termine sur une note légère mais dépaysante. La journée s’achève avec un apéritif à bord de Myrddin, en vue de nouvelles aventures volcaniques le lendemain.
Cascada de Las Angustias - Taburiente (15 novembre 2024)
Aujourd’hui, Luliwa et Myrddin embarquent pour une randonnée au cœur du parc national de la Caldera de Taburiente, longeant une rivière serpentant à travers le barranco en direction de la Cascada Colorada de Las Angustias. Ce site impressionne par les teintes variées de ses roches et de son eau, oscillant entre jaune, orange, vert et blanc, à mesure qu’ils progressent dans les méandres.
L’expédition débute par un trajet en taxi collectif depuis Tazacorte. Après un léger détour menant à un gîte improbable, le groupe s’engage sur le sentier balisé. Les enfants s’amusent à traverser le cours d’eau, souvent réduit à un mince filet entre les galets, et font preuve d’une énergie débordante tout au long de la marche. Ils inventent des jeux, transportent un "formidable" caillou qu’ils finissent par fragmenter, et collectionnent des trésors naturels, sous l’œil bienveillant mais vigilant des adultes. Pendant la pause déjeuner près de la cascade, les plus jeunes bâtissent une cabane de fortune avec des branches de pin, profitant de ce retour à la nature.
De retour sous un ciel dégagé après une légère averse, la conversation s’oriente vers les navigateurs amis partis pour le Cap-Vert. Leurs récits de traversée inspirent autant qu’ils motivent pour les étapes à venir. Pour l’instant, Luliwa et Myrddin choisissent de prolonger leur séjour à Tazacorte avant de rejoindre un port plus à l’abri côté Est, où un coup de vent est attendu en fin de semaine.
La journée s’achève paisiblement à bord de Luliwa, avec une soirée cinéma et la projection du classique Twister. Pendant ce temps, Garance, restée au repos, met à profit son énergie pour faire du pain avec Ève, le levain maison. Une journée riche en découvertes, en nature, et en préparation pour les aventures à venir.
Camino Real de La Costa (17 novembre 2024)
Troisième randonnée sur La Palma, et une nouvelle ambiance à découvrir ! Aujourd’hui, direction le nord-ouest de l’île, vers le village de Las Tricias, accessible après un trajet en bus à travers des routes escarpées. Le Camino Real de La Costa serpente à travers une végétation luxuriante : jardins fleuris, vergers d’agrumes, cactus imposants et majestueux dragonnets, arbres emblématiques des Canaries. Chaque virage offre une vue imprenable sur l’océan, parfois encadrée par des nuages libérant des pluies lointaines.
Le sentier mène aux grottes de Buracas, un site historique où vivaient autrefois des communautés indigènes entre 400 et 1400. Les lieux, aujourd’hui habités par une population à l’esprit bohème, dégagent une atmosphère paisible et originale. Les enfants, toujours pleins d’énergie, s’amusent à construire une cabane sophistiquée pendant une longue pause déjeuner, tandis que les adultes savourent la vue imprenable sur la mer.
La randonnée se termine en beauté avec un arrêt sur la plage du village, où les plus jeunes improvisent un match de football tandis que les autres profitent d’un apéritif bien mérité. Au crépuscule, de retour au bateau, la pluie commence à tomber, ajoutant une touche de fraîcheur à cette journée lumineuse. Une fois encore, La Palma dévoile la richesse et la diversité de ses paysages, captivant tout l’équipage de Luliwa et Myrddin.
L’épopée vers Santa Cruz (19-20 novembre 2024)
Au revoir Tazacorte ! Accompagnés de Myrddin, nous mettons le cap sur Santa Cruz en contournant La Palma par le sud. La mer est calme, le soleil au rendez-vous, mais le vent capricieux nous oblige à tirer des bords, prolongeant notre navigation. L’occasion de se saluer en mer et de capturer de belles photos des deux bateaux. Raphaël aperçoit des dauphins qui nous offrent un passage furtif, tandis que nos lignes de pêche restent désespérément vides… à l’exception d’une mésaventure : une ligne de Luliwa s’emmêle avec Myrddin, obligeant à couper le fil et sacrifier un leurre.
Le mouillage initialement prévu est inadapté, ce qui nous pousse à continuer vers Santa Cruz bien plus tard que prévu. Arrivés à 21h, le port refuse notre entrée pour la nuit. Dépités, nous jetons l’ancre à l’extérieur du port, devant une raffinerie, bercés par la houle. Le lendemain à l’aube, la vedette du port nous expulse sous prétexte de l’arrivée d’un ferry. Dans un demi-sommeil, nous levons l’ancre en urgence.
Après une matinée d’attente et de négociations, une place se libère enfin au port. À 11h, nous accostons, soulagés, prêts à profiter des plaisirs simples : douche, lessive et balade en ville. Santa Cruz nous accueille avec ses balcons fleuris et son atmosphère touristique, tandis que les enfants savourent un incontournable Sunday chocolat.
Cubo de La Galga (21 novembre 2024)
L’exploration de La Palma continue ! Depuis Santa Cruz, où Luliwa reste sagement amarré dans un port agité par une houle persistante, nous nous dirigeons vers le nord de l’île avec l’équipage de Myrddin. Un départ matinal en bus nous mène au pied du parc national de Las Nieves, pour une randonnée au cœur du Cubo de La Galga.
Le sentier nous plonge immédiatement dans une végétation dense et luxuriante, entre lauriers, fougères géantes et châtaigniers. La forêt, humide et envoûtante, rappelle les paysages de La Gomera, mais en plus sauvage. Les enfants s’en donnent à cœur joie en ramassant des châtaignes et remplissent leurs poches à ras bord. La montée vers le mirador est un peu rude, serpentant entre lianes et pierres moussues, mais la vue au sommet, même voilée par un léger brouillard, vaut l’effort.
La météo capricieuse nous presse de redescendre, d’autant qu’un arbre tombé sur le sentier semble vouloir nous chasser. De retour au village de La Galga, nous nous arrêtons dans une auberge pittoresque pour un rafraîchissement bien mérité. En attendant le bus, quelques citrons trouvés en chemin rejoignent notre récolte de châtaignes.
La soirée se termine en beauté sur Luliwa avec un apéro dînatoire en compagnie de nos compagnons de Myrddin : ti-punch parfumé aux citrons du jour, tartelettes aux citrons déstructurées préparées par Marianne, et châtaignes grillées à la perfection. Une journée riche en découvertes, en saveurs et en bons moments partagés !
Marina de Santa Cruz de la Palma (22 – 26 Novembre 2024)
La Marina de Santa Cruz de La Palma nous sert de refuge pour quelques jours, offrant une pause bienvenue avant la prochaine étape de notre aventure.
La vie au port est un mélange de confort et d’inconfort. Le grand mur de protection atténue un peu la houle qui s’invite dans la marina, mais les oscillations des bateaux entre les catways restent notables. Cela dit, Santa Cruz nous charme par son architecture coloniale, ses ruelles pavées et ses balcons fleuris, même si la météo parfois pluvieuse vient assombrir un peu ce tableau.
Ces journées sont riches en activités variées. Les matinées commencent souvent avec des découvertes éducatives, comme une visite au marché des halles où, armés d’un cabas à roulettes (très pratique, malgré les rires moqueurs), nous explorons les étals de fruits exotiques. Avocats, mangues, kakis et fromages locaux viennent garnir notre stock de bord, tout comme un beau poisson, compromis face à nos lignes toujours bredouilles.
Une autre journée, Sophie et Raph filent au Musée Insulaire de Santa Cruz pour découvrir l’aile dédiée aux sciences naturelles. Les collections de roches volcaniques, de coquillages et d’animaux naturalisés fascinent petits et grands, offrant un bel aperçu de la richesse naturelle de l’île.
Les soirées sont marquées par de doux moments de partage. Une dernière soirée avec l’équipage de Myrddin nous réunit autour d’une pizza savoureuse, avant de les voir lever l’ancre pour le Cap Vert. Nous leur souhaitons bon vent, émus de les voir partir après ces deux semaines de complicité en mer et à terre.
Santa Cruz célèbre aussi l’inauguration de ses illuminations de Noël avec un spectacle magique : un show de drones dans le ciel, suivi d’un feu d’artifice éclatant. La soirée, marquée par des chants de Noël, nous plonge dans une ambiance festive et chaleureuse, même si le vin chaud manque cruellement à l’appel.
Entre bricolages, plongées dans les livres, et moments de détente, la marina devient un havre de vie simple et apaisée. Mais l’excitation monte : un nouvel équipage est attendu, et le départ pour de nouvelles aventures se profile. La Palma, à la fois douce et vibrante, nous aura offert une escale mémorable.
En partant vers El Hierro, pêche miraculeuse ! (27 Novembre 2024)
Après 123 jours de voyage et une longue attente, Luliwa célèbre enfin sa première grande prise ! Alors que nous quittons Santa Cruz de La Palma pour mettre le cap sur El Hierro, la malédiction de la pêche semble s’envoler grâce à nos lignes fraîchement mises à l’eau. Une superbe dorade coryphène, d’un mètre de long, mord à l’hameçon.
L’excitation gagne tout l’équipage. Avec patience et maîtrise, le capitaine fatigue la bête, tandis que Dudu, notre prof de pêche improvisé, se charge de l’amener à bord. Quelques gouttes de rhum plus tard, la magnifique créature aux reflets jaune et turquoise accepte son destin. Sur le pont, l’opération de nettoyage commence, réveillant des souvenirs d’enfance pour Sophie, qui reproduit avec brio les gestes observés lors de vacances en Corse.
Une fois vidée et découpée tant bien que mal, la dorade prend place au frigo, prête à être dégustée avec un filet de citron. Ce moment de victoire culinaire est aussi une belle manière d’accueillir Olive et Élo, nos nouveaux compagnons de bord pour la traversée vers le Sénégal. Leur arrivée semble avoir porté bonheur à notre ligne !
La journée se poursuit sous un ciel dégagé, mais avec peu de vent. Le moteur ronronne doucement alors que nous laissons derrière nous les côtes verdoyantes de La Palma, cette île qui nous a tant donné. Notre grand-voile rechigne à faire son travail, mais qu’importe : l’humeur est joyeuse, portée par l’excitation de notre pêche miraculeuse.
Nous atteignons El Hierro en début de soirée, dernière halte avant la grande traversée vers le continent africain. La plus méridionale des Canaries nous accueille pour une nuit de repos, avec une saveur toute particulière : celle d’un dîner à base de sashimi de dorade fraîchement pêchée. Un petit goût de fierté et d’aventure en prime.
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